Petites chroniques
"L'éternité n'est guère plus longue que la vie." (René Char)
Oasis et mirages
Qu’est-ce qui fait qu’un homme trouve ses erreurs, les comprend et essaie de les corriger ? Sans doute, le sentiment que la correction lui permettra d’avancer dans la connaissance de lui-même et par-delà cette connaissance ne plus faire le même type d’erreur. Une erreur reconnue agit comme une claque bénéfique, elle peut mettre en branle des mécanismes salutaires, mais que l’on ne peut pas toujours maîtriser.
Parfois les claques ne sont pas entièrement méritées, mais elles prouvent que l’on n’a pas toujours mis en place les explications nécessaires. Oublions-les rapidement, car elles sont un poison dont l’antidote est l’oubli. Seule l’erreur dévastatrice mérite que l’on s’y attarde.
Parmi les endroits où j’aime me rendre pour remettre en ordre mes pensées, j’ai une préférence pour le cloître de Sarrance où je sais trouver le calme et la chaleur que je recherche. Beaucoup d’espace,une lumière intense et un silence lourd.
Au silence se mêlent le bruit du gave et le vent du sud qui agite les cimes des arbres. Pourtant, le ciel gris plombe parfois un peu plus mes pensées.
Sortir de ma torpeur, faire ce que je sais bien faire (notamment écrire, d’après ce que l’on me dit). Dégager de ma pensée les scories qui me perturbent et me culpabilisent et me font aussi perdre le sens du chemin. Il me semble que je traverse un désert semé de mirages, rarement d’oasis. Le cloître joue le rôle de point d’eau pour mon esprit. Je ne cherche pas Dieu, je n’ai jamais vraiment cru à son existence, mais parfois je pense que s’il existe il a fui ce monde qu’il a créé et qui lui échappe. Faut-il fuir la réalité, comme ce dieu d’impuissance, ou l’affronter avec mes moyens que sont les mots? C’est ce que j’essaie de faire chaque fois en empruntant le chemin des mots…quand je ne reporte pas aux lendemains qui déchantent souvent.
Assis sur ce mur de pierres grises, je me souviens y avoir lu quelques poèmes devant une soixantaine d’auditeurs dans le cadre d’un mercredi de Sarrance. Symbole peut-être ! Alors, je prends ma plume ordinatrice pour continuer d’écrire sur ce chemin des mots qui me mènera sans doute vers d’autres oasis.